Tchad –élections. « Un pays, deux systèmes…zéro liberté ! » (AFRIQUE-ASIE, mars 2011 ).

«  Tchad : Un pays, deux systèmes…zéro liberté ! »AfriqueAsie-Mars2011-2

 Tribune d’Acheikh IBN-OUMAR sur les élections au Tchad, publiée dans AFRIQUE-ASIE  N°64 de mars 2011

Photo par Augusta Conchiglia, dans les locaux d'Afrique-Asie, Paris, déc. 2010

Photo par Augusta Conchiglia, dans les locaux d’Afrique-Asie, Paris, déc. 2010

 Le Tchad est entré à son tour dans un processus d’élections, législatives (13 février), présidentielles (avril) et locales (juin). Les législatives ne feront que confirmer le monopole du parti présidentiel (MPS: Mouvement Patriotique pour le Salut), sans toutefois dépouiller totalement l’opposition (qui a commencé à protester dès le premier jour), afin de ne pas trop embarrasser les observateurs.

Ce « pluralisme sans alternance », propre à l’Afrique centrale, pourrait passer pour un moindre mal par rapport au monopartisme d’antan; mais au Tchad, on n’en est même pas là. L’ouverture démocratique contrôlée, ne concerne qu’une partie du pays: la région sud et certains quartiers de N’djamena, où la répression et les manipulations existent comme partout, mais où il y a quelques espaces de contestation.

Par contre, au Nord, on en est toujours au stade du parti-État: le MPS règne en parti unique, confondu avec l’administration, la chefferie traditionnelle et la hiérarchie religieuse musulmane, qui monopolise les moyens financiers et militaires pour étouffer toute voix discordante, afin de s’assurer des scores électoraux « mobutuesques ».

Le pouvoir viole allègrement non seulement les principes de la démocratie et de l’État de droit, mais aussi les textes fondant sa propre légalité.

La nouvelle constitution, imposée en 2005 pour consacrer la présidence à vie, est elle-même violée ; son article 71 dit : « Les fonctions du Président de la République sont incompatibles avec l’exercice de tout autre mandat électif, de tout emploi public et de toute activité professionnelle et lucrative », pourtant le président Déby Itno vient de s’auto-décrété « Sultan du Dar Bilia », en remplacement de son propre frère Timane Déby Itno, destitué par un décret antérieur. C’est une violation de la constitution, mais aussi de l’Accord du 13 août 2007, signé par tous les partis, sous le parrainage de l’Union européenne, qui stipule (point: 4-1, alinéa 3): « Les Chefs de circonscriptions administratives et leurs collaborateurs (Sultans, Chefs de canton…), ainsi que les responsables des forces de défense et de sécurité sont interdits d’activités militantes partisanes. S’ils désirent ou voudraient s’engager dans des compétitions électorales, ils doivent au préalable renoncer à leurs charges et fonctions. Toute intervention de leur part dans les activités des partis politiques entraînera. des sanctions exemplaires… ». Selon ces textes, Son Excellence le président Déby Itno aurait dû démissionner de son poste de Chef d’État, avant d’être Sultan et, Sa Majesté le Sultan Idriss 1er aurait dû renoncer à son trône, avant de se porter candidat, sous peine de « sanctions exemplaires » !

Il n’est pas étonnant que l’Union européenne, garante de l’Accord du 13 août, se soit tue sur cette violation, car elle en avait cautionné une autre, plus grave: l’enlèvement et l’assassinat du principal signataire, le Professeur Ibni Oumar Mahamat Saleh, porte-parole de la principale coalition de l’opposition (CPDC: Coalition des Partis politiques pour la Défense de la Constitution). Il n’était venu à l’esprit ni de l’Union européenne, ni des partis d’opposition, que l’assassinat du principal signataire était une remise en cause fondamentale de cet accord censé mettre fin « au déficit du dialogue politique (ayant) entraîné la dégradation de la confiance entres acteurs politiques » (sic!) et « reconnaissant la nécessité de réunir les conditions objectives permettant la tenue d’élections libres et transparentes dans un climat de paix et de sécurité » (!!)

L’enjeu principal de ces élections n’est pas l’expression politique des Tchadiens, mais les réponses à ces trois questions: 1) Jusqu’où pourrait aller la complaisance de l’Union européenne, la France et l’Union africaine, si promptes à condamner, menacer et sanctionner, quand il s’agit du Zimbabwe, du Niger, de la Guinée, de la Côte d’Ivoire, etc.? 2) Quel seuil de fraude sera négocié entre la CENI et la Présidence, pour que l’opposition ne soit pas totalement dépouillée de ses gains, sans remettre en cause la suprématie du parti présidentiel ? 3) Enfin, les partenaires pourront-ils convaincre le président Déby Itno d’ « accepter » qu’il y ait un second tour des présidentielles? (comme en 1996, quand le général Kamougué servit de faire-valoir, en échange de la présidence du Parlement).

Pour l’opposition , handicapée par la terreur, la précarité financière, l’âge avancé de ses ténors, l’exile des cadres, le clivage légalistes/militaristes, la vacuité idéologique et la rupture avec la jeunesse, l’objectif immédiat est créer une vaste mobilisation contre les hold-up électoraux ; mais sa responsabilité historique, quant à l’avenir démocratique du Tchad, est de sortir de son émiettement organisationnel, former un véritable mouvement national populaire, transcendant les particularismes, et propulsé par l’ « ascenseur générationnel ».(fin) – Auteur : Acheikh IBN-OUMAR (www.yedina.net)AntoineBangui-Livre-Elections

#039;exercice de tout autre mandat électif, de tout emploi public et de toute activité professionnelle et lucrative …

Autres articles sur le même sujet dans ce blog :

Tchad: le processus électoral en question, Débat sur Africa24TV, 2 avril 2016

https://yedina.net/2015/10/09/elecions-en-afrique-interview-dacheikh-ibn-oumar-par-seidik-abba-mondafrique-fr/

https://yedina.net/2015/02/17/tchad-enjeux-electoraux-2015-2016/

2 réponses à “Tchad –élections. « Un pays, deux systèmes…zéro liberté ! » (AFRIQUE-ASIE, mars 2011 ).

  1. Le leader de la Djamahiriya Libyens
    Khadafi était l’un des leaders qui restait pour le bonheur de toute l’Afrique, mais l’égoïsme, la méchanceté , l’arrogance des certains ont causé la souffrence de tous, on reconnait toujours qu’à leur absence ainsi l’afrique recolte ce que ses enfants mal intentionés ont semé pour l’interet personel. Le guide KHADAFI tu resteras un héros et les héros ne meurent jamais. Les bourreaux de l’Afrique qui sont respectivment la FRANCE, l’Angleterre et les USA subiront la loi céramique…Je suis contre la mort de KHADAFI par les occidentaux qui l’ont tués pour leurs interèts personnels mais kadafi ègalement etait un destructeur en meme temps constructeur,ennemis et allié à la fois, en plus il etait très hautain chose que Dieu deteste, il organisait la rebellion en Afrique avec la complicité de Blair,tout mal se paye un jour… T’es voilà les occidentaux ont il regretter en disant que c’est la mort de Khadafi qui as créé tout se conflit du terrorisme au monde.

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  2. Pingback: Annonce: Conf Presse de M. Kebzabo, Paris 30 mai | YEDINA : BLOG D'ACHEIKH IBN-OUMAR·

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