JOURNEE DE LA FEMME : MANŒUVRES POUR UN « 3EME MANDAT » !

filletes-bois

Auteur: Claude Hamel –Crédits: Claude Hamel / OIF / IEPF

JOURNÉE DE LA FEMME : MANŒUVRES POUR UN « 3EME MANDAT » !

(1ère publication, sur Facebook, 8 mars 2010)

Ainsi donc, depuis cette fameuse réunion de la Confédération internationale des femmes socialistes, à Copenhague, il y a cent ans, il est instauré une « journée de la femme » dans l’année.
Il ne faut pas se faire d’illusion : « une journée de la femme » dans l’année, çà veut dire clairement que les 364 autres sont « les journées de l’homme » !
Ce qui reflète bien le déséquilibre extravagant qui gouverne les rapports mâle-femelle chez Homo sapiens, et qu’on ne trouve chez aucune autre espèce vivante, à part peut-être chez certains insectes où Madame dévore Monsieur après la copulation.
Le rôle de la femme dans la reproduction des générations et les contraintes biologiques et sociales qui en découlent d’une part, et la supériorité musculaire -et uniquement musculaire- de l’homme d’autre part ont, au fil des millénaires, produit au sein de toutes les sociétés humaines, un système de domination, de dépossession, d’oppression et d’aliénation d’une puissance inouïe, excepté chez quelques groupes dits « primitifs » comme les Wadabê (Bororo).
Les mythes cosmogoniques, la doxa religieuse, les coutumes, l’honneur de la tribu, les impératifs productivistes, jusqu’à la mode et la prétendue libération sexuelle… toutes les valeurs sont « pliées » dans le sens de la « chosification » de la femme.
Il est difficile de ne pas faire le parallèle avec l’autre domination qui frappe les sociétés africaines et qui est la dictature politique.
Les tyrans justifient leur mainmise sur le sort de leurs concitoyens par des arguments qui sont puisés dans le même registre que celui qui justifie la domination sur la femme. L’homme est « naturellement » supérieur à la femme ; de même le dictateur, est « naturellement » doté de qualités extraordinaires, qui en font le guide obligé de la Nation. L’homme est celui qui assurait la défense du foyer contre les bêtes sauvages et les razzieurs ; de même, le Père de la nation est le rempart contre les « apatrides », « traitres à la Nation» et autres « terroristes».
La supériorité de l’homme est sacralisée par une habile exploitation des textes religieux; de même nos imams et autres guides spirituels justifient la position du dictateur au nom d’un certain ordre divin.
On pourrait citer longuement les similitudes.
Heureusement, avec l’évolution des sociétés, la diffusion du savoir, les progrès techniques et les luttes des mouvements féministes, la situation s’est beaucoup améliorée : on ne compte plus les conventions, déclarations, lois, etc. tendant à desserrer l’étau autour de la femme.
Là aussi, on ne peut que remarquer la similitude avec l’évolution des pouvoirs dictatoriaux : personne n’ose plus justifier ouvertement le monopartisme ou les présidences à vie. Les dictateurs reconnaissent verbalement les mérites de la démocratie, de même que les machistes les plus obtus reconnaissent les droits de la femme.
Mais dans les deux cas, cette reconnaissance est purement verbale.
Sur le plan politique, on voit des situations où les dictateurs superficiellement reconvertis à la démocratie essaient de contourner la difficulté en manipulant les constitutions pour s’octroyer un 3ème, 4ème, …mandat.
De même, la moitié masculine de notre espèce a du mal a renoncer à ses privilèges éternels et multiplie les manœuvres pour prolonger indéfiniment son « mandat » afin de continuer à être « président à vie » sur l’autre moitié. Parfois la manœuvre est brutale : perpétuation de l’excision, du mariage précoce et forcé, du proxénétisme, de la pratique de la répudiation etc. au nom de la tradition et autres.
Parfois, elle est passive : refus de mettre en place des programmes prioritaires et des moyens financiers conséquents pour régler les problèmes qui maintiennent la femme (rurale surtout) dans un véritable esclavage dès le plus jeune âge : corvées d’eau, mortalité maternelle, non scolarisation, etc.
Mais, la plupart du temps, la manœuvre est subtile, surtout dans les pays développés où les phénomènes qui infantilisent et avilissent la femme sont présentés comme des progrès vers l’épanouissement de celle-ci, à travers la mode, l’imposition du modèle de la pimbêche anémiée en tant que standard unique de la beauté, les conditions de travail qui ne tiennent pas compte du rythme biologique et des obligations familiales, l’instabilité affective permanente au nom de la libération des mœurs etc.
La question n’est pas de s’apitoyer sur le sort de nos sœurs, se solidariser avec leurs luttes ou de faire preuve d’ouverture d’esprit en renonçant à nos privilèges masculins.
Il s’agit simplement de reconnaître qu’il est de l’intérêt de tous, hommes comme femmes, de vivre dans une société où il n’y a pas trop de déséquilibres entre les différentes composantes, car une société déséquilibrée produit des traumatismes et des dysfonctionnements chez les opprimés comme chez ceux qui pensent profiter de l’oppression; même si chez ces derniers ces traumatismes se traduisent par des fuites en avant comme le culte de la violence et la dévalorisation de l’amour romantique.
Il serait temps de commencer à se dire qu’avant d’être homme ou femme, nous sommes des êtres humains et qu’il y a des choses qu’un membre de l’espèce humaine ne peut imposer à un autre membre. L’homme et la femme sont la jambe gauche et la jambe droite de cet alpiniste qui s’appelle l’humanité ; et il serait absurde de se demander si pour gravir les sommets, la jambe gauche est plus utile à l’alpiniste que la jambe droite ou s’il faut grimper uniquement avec la jambe qui serait la plus forte et laisser la jambe la plus faible derrière. Faisons de tous les jours de l’année, une « journée de la femme » (et, un peu , de l’homme aussi) !  (Par Acheikh Ibn-Oumar sur https://yedina.wordpress.com/ ) 

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