Tchad : 40ème anniversaire assassinat Outel Bono, ou du malheur d’avoir raison trop tôt (publié août 2013)

Dr 0utel Bono-PhotoAFPTchad : 40ème anniversaire de l’assassinat du Dr Outel Bono, ou du malheur d’avoir raison trop tôt. (Première publication, 27 août 2013, Par Acheikh Ibn-Oumar, sur : https://yedina.net/ , ) – Pour le texte en format pdf , cliquer sur ce lien : « TEXTE EN FORMAT PDF »

Il y a quarante ans, le 26 août 1973, tombait en plein cœur de Paris, sous les balles d’un tueur professionnel jamais retrouvé, le docteur Outel Bono, figure emblématique de l’intelligentsia progressiste tchadienne. Avec le recul du temps, on peut aujourd’hui affirmer qu’il représentait à son époque la conscience morale du jeune État tchadien indépendant. Cet assassinat, qui interrompait brutalement une carrière politique prometteuse, avait retenti au Tchad et au-delà, comme un véritable coup de tonnerre et l’hallali d’une certaine vision de l’avenir. Son message d’intransigeante éthique, rigueur intellectuelle et engagement pacifique est plus que jamais d’actualité. ————————————————————————

(RASSEMBLEMENT COMMEMORATIF A PARIS, LUNDI 26 AOUT, A 09H30, METRO BASTILLE. VOIR DETAILS EN CLIQUANT SUR CE LIEN: ANNONCE
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SINGULIER DESTIN

Le mouvement étudiant africain en France a toujours été connu pour ses turbulences vis-à-vis des régimes en place. Mais, en cette année 1973, mes camarades et moi ne nous attendions pas à la mesure sans précédent du gouvernement tchadien à notre égard. Ce dernier avait décidé de supprimer brutalement toutes les bourses et exigeait le rapatriement immédiat de la totalité des étudiants de France et Belgique. Ceux qui refusaient de repartir au pays seraient déchus de leur nationalité, pas moins ! La défunte Kaltouma Guembang, présidente de l’union des femmes du parti au pouvoir PPT/RDA (Parti Progressiste Tchadien) qui désapprouva la mesure, fut arrêtée pour « complot contre le Chef de l’Etat ».

Le prétexte de ces réactions disproportionnées était la diffusion d’une série de tracts anonymes en France et en Belgique, dénonçant les méfaits du régime de N’Djamena et signés par un mystérieux « Corbeau averti ». Nous comprîmes rapidement que cette hystérie du pouvoir était due à l’arrivée en France du docteur Outel Bono qui bénéficiait d’une aura sans pareille au sein de l’opinion tchadienne et particulièrement la jeunesse intellectuelle, et que les tracts du « Corbeau averti » étaient attribués à ses sympathisants.

Le dimanche matin, 26 août 1973, à 09h30, le docteur Outel Bono, en rentrant dans sa voiture, rue de la Roquette, dans le quartier de la Bastille, fut abattu de deux balles à la tête, par un tueur qui réussit à prendre la fuite, à bord d’un véhicule. Le Tchad avait connu des épisodes politiques bien sanglants, mais nous étions loin, très loin d’imaginer qu’un opposant pouvait être assassiné, au grand jour, en plein Paris.

Il est vrai que bien d’autres hommes politiques s’inscrivent également et durablement dans l’histoire mouvementée du Tchad souverain, qu’ils soient pionniers de l’indépendance, intellectuels, maquisards, dirigeants de partis politiques, chefs d’Etat, militants des droits de l’homme, syndicalistes, parlementaires, cadres, officiers ou autres. Cependant, pour avoir vécu les soubresauts de mon pays depuis son accession à la souveraineté internationale en 1960, je suis convaincu que parmi toutes ces figures marquantes de notre nation, s’il fallait retenir un seul nom, ce serait celui du docteur Outel Bono.

Destin bien singulier et charisme évident d’un homme qui n’a jamais été député, ministre ou chef d’Etat et encore moins chef de guerre. Sans aucun doute aurait-il pu devenir un grand chef de parti politique, mais lâchement abattu dans l’anonymat d’une rue parisienne par un tueur mercenaire inconnu, on a cru le faire taire définitivement.

Commémoration-photo-1

Il n’avait que trente-neuf ans ! Mais ses paroles et son idéal survivent à son élimination, et seront de plus en plus fortes avec le temps.

Il faudra sans doute encore quelques années, pour que se manifeste pleinement la portée historique et transgénérationnelle du message visionnaire et l’exemplarité du combat pacifique mené par le docteur Outel Bono. C’est-à-dire, quand se seront apaisées les confrontations d’ordre ethnique, régional, religieux, ou générées par des ambitions démesurées ; quand que notre société enfin réconciliée avec toutes ses composantes, entreprendra de rechercher dans ses expériences et sa culture, les bases fondamentales de la reconstruction nationale.Rue_de_la_Roquette

QUI ÉTAIT LE DR OUTEL BONO ?

Outel Bono est né en 1934, à Kokaga, dans le district de Fort-Archambault (actuelle Sarh), région du Moyen-Chari. Après un cycle primaire au Tchad, il bénéficia d’une bourse du Territoire pour poursuivre des études secondaires et supérieures en France, brillamment couronnées en 1960 par un doctorat de médecine à l’Université de Toulouse. Il regagna le Tchad en 1962 pour se mettre au service de son pays, en même temps que la poignée d’autres cadres supérieurs formés alors en France, tels que Jacques Baroum, Adoum-Maurice Hel-Bongo, Doungous Moreau, Antoine Bangui, Daouda Konaté, Georges Diguimbaye, Pierre Djimet, etc.

Un personnage de la trempe d’Outel Bono, avec ses qualités intellectuelles, son indépendance d’esprit et sa probité reconnue, avait très tôt suscité la méfiance de Tombalbaye, le premier président tchadien. Aussi, sera-t-il constamment soumis à une surveillance policière pointilleuse, à de nombreuses tracasseries et des accusations fantaisistes, suivies d’arrestations et de condamnations ; son assassinat en étant l’aboutissement cynique.

Ainsi, dès le mois de mars 1963, il figurait parmi les personnalités arrêtées pour « complot » contre le chef de l’Etat. A ce propos, ouvrons une petite parenthèse pour relater le témoignage de M. Antoine Bangui-Rombaye afin d’éclairer le public sur ce prétendu complot. « Après le congrès du PPT/RDA en janvier-février 1963 à Fort Archambault, le bureau politique se réunit pour discuter de la composition du nouveau gouvernement. Au cours de la séance, certains membres, dont Outel Bono, suggérèrent au président-secrétaire général du parti, Tombalbaye, de répartir plus équitablement les différents postes ministériels en rééquilibrant leur affectation entre des personnalités originaires des différentes régions du Tchad, notamment celles du Nord. ‘’Je trouverai une solution à votre problème après mon retour de la conférence de l’OCAM de Ouagadougou ‘’ (OCAM : Organisation Commune Africaine et Malgache), leur a promis Tombalbaye pour clore les discussions. Dès le lendemain, il s’envolait pour la Haute Volta devenue le Burkina Faso. Il en revint dix jours après et sans perdre de temps, dans la nuit qui suivit, tous ceux qui avaient contesté la formation de son gouvernement furent arrêtés à Fort-Lamy, sauf Outel Bono qui sera intercepté une semaine plus tard, au retour d’une partie de chasse. Le procès des prétendus conjurés eut lieu au mois de juin 1963. Le tribunal spécial, pour la circonstance présidé par Kodibri Nagué, un ancien parlementaire de l’ancienne Union française, originaire de la même région que le médecin et composé essentiellement de notables du pays, prononça la condamnation à mort du docteur Outel Bono et de quelques autres accusés tels Abbo Nassour, Mahamat Abdelkérim, Issa Allatchimi ».

Néanmoins, la sentence ne fut pas appliquée grâce à la mobilisation des amis d’Outel, nombreux en France au sein de la Gauche, particulièrement à l’iniative de son épouse, née Nadine Dauch, une Toulousaine qu’il avait rencontrée au cours de ses études. La condamnation fut commuée en détention à perpétuité. Gracié en décembre 1965, Outel Bono fut affecté en tant que médecin-chef à l’hôpital d’Abéché. Quelques mois plus tard, il revenait à Fort-Lamy pour exercer son métier, sous haute surveillance policière.

A partir de 1968, il déclina systématiquement toutes les tentatives de récupération politique sous forme d’offres de portefeuille ministériel, pour ne se contenter que du poste de directeur de la santé. A nouveau arrêté en 1969, en compagnie d’un groupe de jeunes cadres, il fut condamné à cinq ans de travaux forcés pour « atteinte à la sûreté de l’Etat ».

Une nouvelle campagne de mobilisation en France avec la diffusion de tracts de protestation au Tchad sur fond de montée de la guérilla du Frolinat, poussèrent le président Tombalbaye à faire machine arrière. Outel Bono et ses compagnons bénéficièrent quelques mois plus tard d’une mesure de grâce.

En 1972, il revint en France pour un stage de mise à niveau à l’hôpital de la Salpêtrière à Paris. Au même moment au Tchad, une nouvelle vague de répression s’abattait sur d’autres personnalités politiques, fonctionnaires et hommes d’affaires. Quelques amis lui conseillèrent de prolonger son séjour en France.

Dans ces circonstances, sous la poussée des sollicitations de nombreux compatriotes, le docteur Outel Bono, dont les seules armes étaient l’abnégation professionnelle, l’intégrité morale, la probité intellectuelle et les débats d’idée, cette fois décida de se lancer corps et âme dans l’arène politique. Il élabora un projet pour constituer un nouveau parti politique dénommé : Mouvement Démocratique pour la Rénovation du Tchad, soit MDRT. Peu après la diffusion de son manifeste, salué avec enthousiasme par de nombreux fonctionnaires et étudiants, il convoqua à Paris une conférence de presse prévue le 28 août 1973, destinée à lancer son parti. Elle n’eut pas lieu puisque nous savons aujourd’hui, et ce n’est pas par hasard, qu’il fut assassiné deux jours auparavant. Ce rendez-vous manqué avec l’histoire, aurait pu orienter de manière positive l’avenir du Tchad.

TCHAD-INDEPENDANCE-TOMBALBAYE-DE GAULLE

L’affaire fut portée devant la justice française qui mit près de dix ans avant de conclure, en 1982, en retenant  la thèse d’un « crime passionnel » ( !) On se demande sur quelles bases ? Son épouse relança la procédure jusqu’à la Cour de cassation, mais son pourvoi fut rejeté. Il ne fait pas de doute que de fortes pressions émanant de certains cercles du pouvoir en France ont été à l’origine de la mise au placard de ce dossier très gênant.

SON ENGAGEMENT POLITIQUE

Faut-il rappeler que les années 1950 furent pour les pays d’Afrique et ceux du Tiers-Monde en général une grande période d’effervescence nationaliste ? Partout soufflait le vent de l’indépendance. Pour les jeunes ressortissants des anciennes colonies françaises qui eurent la chance d’entreprendre des études supérieures, la France constituait le principal foyer d’activisme politique et culturel. La maison d’édition Présence Africaine et surtout la FEANF (Fédération des Etudiants d’Afrique Noire en France) étaient les deux vecteurs de cet éveil patriotique. L’étudiant Outel Bono, animateur de la section tchadienne, y joua un rôle de premier plan. Président de l’AETF (Association des Etudiants Tchadiens en France), il assuma en même temps le poste de rédacteur en chef du bulletin trimestriel l’Etudiant tchadien.

Ce journal, circulant au Tchad dans les milieux lettrés, contribua à la formation politique des jeunes. Ainsi, un numéro de l’année 1959 contenait-il d’importants articles tels que « Où va le Tchad ? » et « Le tribalisme, arme de division, de misère et d’obscurantisme ».

Le général de Gaulle revenu au pouvoir en 1958, lança son fameux référendum pour la constitution de la Communauté française, visant à maintenir dans le giron français les anciens territoires colonisés, sous couvert d’une large autonomie ; l’ancienne puissance colonisatrice se réservant leur représentation extérieure, leur défense et leur monnaie. La quasi-totalité des dirigeants africains firent campagne pour le « oui », alors que les étudiants et jeunes fonctionnaires optèrent pour le « non », à l’exemple du Parti Démocratique de Guinée (P.D.G.) d’Ahmed Sékou Touré.

Au Tchad, un groupe constitué par une partie de l’organisation de la jeunesse du MSA (Mouvement Socialiste Africain, présidé par Ahmed Koulamallah), désavoua la position de ses dirigeants favorables au vote du « oui », et fit campagne pour le « non ». Il finit par faire scission et forma un nouveau parti radical, l’UNT (Union Nationale Tchadienne). Outel Bono et quelques-uns de ses camarades étudiants en France manifestèrent leur solidarité avec cette nouvelle formation.

Au cours de ses vacances au Tchad en 1957, Bono ramena des publications de l’AETF et de la FEANF qu’il fit circuler dans toutes les régions, dans l’espoir de sensibiliser la jeunesse scolarisée et les syndicalistes. Dans son livre autobiographique « Fils de Nomade », Khayar Oumar Deffalah écrit :«Aujourd’hui, je regrette de ne pas avoir su discuter avec ce grand homme (Outel Bono) que j’admirais depuis mon enfance, lorsqu’il venait à la boutique de Mahamat Ousmane rencontrer ses camarades Mahamat Abba, Ibrahim Abatcha, Mahadi Bourma et (Daouda) Konaté. C’est lui qui m’avait mis entre les mains l’un des exemplaires de « l’Etudiant Noir », l’organe de sensibilisation et d’information de la Fédération des Etudiants d’Afrique Noire en France (FEANF) »

Lorsqu’il rentra définitivement au Tchad en 1962, l’UNT était déjà dissoute. Son aile la plus radicale, menée par Ibrahim Abatcha et Mahamat Abba, était entrée en clandestinité, avec la ferme détermination de déclencher une insurrection populaire. Avec cet objectif, peu après, ils créèrent le Frolinat.

Jusqu’en 1963, des débats houleux divisaient la mouvance révolutionnaire. Outel Bono, quant à lui, désapprouvait l’option de lutte violente mais conservait une position critique vis-à-vis de l’autoritarisme de plus en plus affiché du président Tombalbaye. Machiavélique, celui-ci écartait systématiquement de son chemin toutes les personnalités politiques susceptibles de lui faire ombrage. C’est ainsi qu’il commença à neutraliser ses propres camarades au sein du parti PPT, Gabriel Lisette, Toura Gaba, Allahou Taher et tant d’autres, pour ensuite tendre la main aux jeunes cadres progressistes fraîchement rentrés de France. Il invita ses jeunes intellectuels à lui faire des propositions de réforme du parti. « On avait l’impression que les dirigeants du Parti Progressiste Tchadien œuvraient pour un grand rassemblement…On pensait que le parti unique pouvait éviter les disputes tribales », rappelait Antoine Bangui sur les antennes de RFI, à l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance.PPT-Pancarte

Cela explique pourquoi ils rejoignirent les rangs du PPT à l’issue de son congrès de 1962. Les deux médecins Outel Bono et Jacques Baroum furent alors nommés membres du Bureau politique, instance suprême du parti. Néanmoins, toujours fidèle à ses convictions, Bono continua de dénoncer les abus du régime, et plaida pour une représentation plus équilibrée dans les instances gouvernementales entre les régions, ce qui lui valut la condamnation de 1963. A ce propos, son attitude très courageuse lors de ce procès, sa brillante argumentation pour balayer les accusations portées contre lui, eurent un écho retentissant dans l’opinion tchadienne et le rendirent célèbre alors que la veille encore, il n’était un personnage inconnu des masses populaires.

A sa libération, il fut affecté à Abéché. En réalité, un piège tendu par le pouvoir car la région du centre-est commençait à être secouée par les agitations du Frolinat en voie de constitution. En le mutant dans cette ville, Tombalbaye cherchait à prouver qu’il avait gardé des contacts avec son ami Ibrahim Abatcha. Mais le médecin ne s’y laissa pas prendre et se concentra sur son métier tout en maintenant ses distances avec ce qui allait devenir le parti unique.

La population était impressionnée par ce brillant médecin qui dédaignait les hautes fonctions politiques facilement à sa portée, et trouvait plus important de se consacrer uniquement à soigner ses compatriotes ; alors que le moindre titulaire du certificat d’études primaires, et tous ceux qui avaient quelque peu appris le français au contact du Maître colonial, se voyaient ouvrir les portes de la haute administration, du parlement et du gouvernement.

Une autre occasion s’offrit à Tombalbaye pour se débarrasser du docteur Outel Bono. En mai 1969, une conférence sur le thème apparemment anodin de : « structures familiales et développement », eut lieu dans les locaux du centre culturel tchadien à Fort-Lamy. Trois conférenciers, Michel N’Gangbet, secrétaire général de la Chambre de commerce, Saleh Kebzabo, rédacteur en chef de l’Agence Tchadienne de Presse (ATP) et Aziz Sabit, directeur d’Air Tchad, firent des exposés qui soulignaient les mauvaises orientations de la politique économique du gouvernement depuis l’indépendance. Les interventions furent transmises en direct à la radio. Le docteur Bono prit en dernier la parole et démontra avec brio l’exploitation des paysans producteurs de coton, puis l’absurdité de la politique dite de développement du gouvernement qui ne pouvait selon lui qu’engendrer la misère croissante des masses populaires. Son intervention enflamma le public.

Dans l’un de ses ouvrages, Michel N’Gangbet notera : « Très connu pour sa vertu et son éloquence dans les milieux de la FEANF et de l’AETF, ce dernier fulmine et attaque le système politique… Interrompu plusieurs fois par les applaudissements de l’assistance, il devient tour à tour véhément, pathétique selon les idées avancées. C’est dans un tonnerre de cris de joie que le docteur s’assied… »

Michel Ngangbet-LégendeAlors jeune lycéen, je me souviens du sentiment incroyable qui nous avait subjugués à l’écoute de ses paroles transmises à la radio. On croyait rêver !
Il faut avoir en tête le contexte qui prévalait à l’époque. Depuis 1963 le pays était enfermé dans un système totalitaire. Les arrestations arbitraires et l’omniprésence de la police politique avaient créé un climat de terreur. Personne ne pouvait imaginer qu’une voix critique pût s’élever pour déchirer le voile de la propagande officielle et donner un écho si éloquent à la souffrance et la misère paysannes.

Durant les jours qui suivirent cette conférence du centre culturel, le pays entier ne parlait que de la justesse des propos et du courage d’Outel Bono. Des tracts commençaient à circuler. Pour les prochaines élections présidentielles, nombreux étaient ceux qui souhaitaient le voir affronter Tombalbaye. 

Aziz Sabit-Légende

Ce dernier ne tarda pas à réagir. Outel Bono et les organisateurs de la conférence furent arrêtés. La fébrilité s’empara de la population. Dans notre milieu collégien, des propositions de grève de soutien à Bono furent évoquées. Par précaution, l’armée fut déployée à proximité des bâtiments scolaires, probablement pour éviter une réédition des troubles sanglants de septembre 1963. Hâtivement jugés, Outel Bono et les conférenciers furent une nouvelle fois condamnés. Mais c’était trop tard. La popularité de ce médecin avait atteint un tel sommet que le régime comprit très vite que son maintien en détention ou son élimination physique risquaient d’engendrer des conséquences imprévisibles et d’ouvrir un boulevard au plus grand danger du moment, à savoir, la guérilla du Frolinat. Aussi, les condamnés furent-ils libérés trois mois plus tard, en août 1969. Bono réintégra son poste de directeur de la santé tout en continuant la pratique de son métier.

Kebzabo-Légende

Ce n’était qu’un sursis avant le dernier acte fatal, c’est-à-dire son assassinat dont nous commémorons en ce mois d’août le quarantième anniversaire.

Ses assassins avaient vu juste. La disparition d’Outel Bono avait laissé un vide incommensurable et son projet politique s’éteignit avec lui, malgré les efforts déployés par son compagnon Julien Maraby pour le faire revivre. 

QUI A TUÉ LE DOCTEUR OUTEL BONO ?

Beaucoup d’interrogations continuent à entourer l’assassinat d’Outel Bono, non seulement sur le plan de la mise en œuvre de la machination, mais également sur les véritables dessous politiques.

Les relations entre Tombalbaye et ses mentors français, en particulier le tout puissant Jacques Foccart, s’était détériorées de façon spectaculaire. Au nom de la nouvelle politique de Révolution culturelle et d’Authenticité, le régime adopta un discours violent contre le « néocolonialisme français » (sic !).

Certaines rumeurs disaient que la France incitait Tombalbaye à se retirer du pouvoir pour éviter l’éclatement du pays. D’autres disaient qu’on lui suggérait simplement de procéder à une large ouverture du gouvernement aux cadres contestataires, afin d’injecter un sang nouveau dans son système et rénover sa méthode de gestion.

Selon Bichara Idriss Haggar, dans son ouvrage « François Tombalbaye. Déjà le Tchad était mal parti » (Editions L’Harmattan, 2007 ; page 330-331) : «Si l’idée de trouver une solution de rechange au régime de Tombalbaye était admise par tous, l’unanimité des milieux français sur le MDRT comme alternative était moins évidente…Nombreux sont les informateurs qui ont affirmé que le docteur Bono avait l’appui du gouvernement français. En réalité le problème résidait dans le fait qu’en 1973, il n’y avait pas une seule politique de la France…mais plusieurs…le docteur Bono avait certes l’appui ou le soutien de certains en France, mais pas celui du gouvernement. »

Tombalbaye de son côté, pour calmer les interrogations de l’opinion et la presse, finit par accuser les propres « amis » du docteur. Ainsi, en janvier 1975, il fit arrêter Georges Diguimbaye et Mahamat Ousmane, qui furent sauvés par le coup d’Etat militaire du 13 avril de la même année.

Dans le chapitre très détaillé intitulé « Intraitable docteur Bono », de son livre « La Françafrique. Le plus long scandale de la République », le regretté François-Xavier Verschave livre des éléments très importants (pages 166-170) :

«  Thierry Desjardin, duFigaro’, découvre que l’assassin d’Outel Bono serait un certain Léon Hardy ou Leonardi. Ce nom, en réalité un pseudonyme, suffit à la police pour remonter jusqu’au tenancier d’un bar d’Avignon, de son vrai nom jacques Bocquel. C’est un séide du Sdece (Service de contre-espionnage français, devenu DGSE, en 1982), et un ami de Gourvenec…Interrogé par la police…Bocquel ne cachera pas que Gourvenec lui a proposé plusieurs missions délicates, dont celle d’enlever le leader rebelle tchadien Abba Siddick. Si on le lui avait demandé, admet-il, il n’aurait pas hésité à abattre Outel Bono. Mais il nie l’avoir fait…Il n’est pas entendu par le juge d’instruction et encore moins inculpé… Le journaliste tient cette information d’Hissène Habré –alors « rebelle »…Le futur président tchadien a enregistré la « confession » du capitaine Galopin, venu négocier la libération de l’otage (Françoise Claustre)…L’officier français aurait avoué qu’Outel Bono avait été abattu…dans un guet-apens organisé par les services secrets français , via Gourvenec et Bayonne…Me Kaldor (avocat de la famille Bono) demande au juge d’instruction de trancher l’affaire en comparant les empreintes digitales de Bocquel avec celles, très lisibles, relevées le jour même sur les vitres de la DS d’Outel Bono : il fait comparer les empreintes non pas à celles de Bocquel, mais à celles des policiers qui ont extrait Bono de la voiture !…En 1991, Nadine Bono aura l’occasion de connaître un ancien honorable correspondant de la DGSE, Paul Bigot – alias Paul Wuis -… Ce pilote de ligne, fils d’un ami de Tombalbaye, admettra la responsabilité du service dans l’assassinat d’Outel Bono. Tout en s’excusant : ’Il s’agissait d’une erreur politique…’’ ».

Toujours, selon Verschave, « qu’Outel Bono ait été exécuté par des foccartiens ne fait aucun doute ». Mais des questions demeurent : Tombalbaye avait-il commandité directement le meurtre, comme ce fut le cas du pouvoir marocain pour Ben Barka ? Etaient-ce plutôt les amis de Tombalbaye au sein des réseaux français qui avaient voulu ainsi lui rendre service ? Outel Bono représentait-il un danger spécifique pour les intérêts stratégiques français ? Cette dernière hypothèse est avancée par l’hebdomadaire allemand Der Spiegel. Ce journal  « avait révélé un accord secret entre Paris et Tripoli : la France laisserait à la Libye la bande d’Aouzou…Cette zone…paraissait dotée d’un très riche sous-sol. Les compagnies occidentales auraient préféré placer ce pactole sous la férule d’un Kadhafi plutôt que le laisser dormir en lisière d’un Tchad anarchique. Devant Bayone, Outel Bono avait signifié sa ferme opposition à ce marchandage –un nouveau signe de son insuffisante flexibilité» jacques-foccart-l-africain

TROP DE MORTS ET DISPARITIONS NON ELUCIDÉES

Le pouvoir tchadien de l’époque était logiquement le principal, sinon l’unique suspect dans l’assassinat du Dr Bono, mais en droit, cela n’en fait pas un coupable définitif ; et de toute façon, cette culpabilité serait établie que cela ne suffirait pas, car il faudra préciser les circonstances exactes et l’identité de tous les acteurs, complices et témoins. Les responsabilités de la justice et des services spéciaux français devront être rappelées.

Beaucoup de pays africains ont été traumatisés par la liquidation criminelle de personnalités illustres : Patrice Lumumba, Ernest Ouandié, Sankara. Certains, à l’instar de Bono ont été assassinés en Europe : Félix-Rolland Moumié, Mehdi Ben Barka, Dulcie September, pour ne citer que ceux-là.

Le Tchad occupe sur ce plan une place de premier plan, tant l’ensemble des régimes qui se sont succédés depuis l’indépendance ont chacun allongé la liste des crimes à visage découvert, aussi bien que celle des disparitions mystérieuses et des morts non-clarifiées.

Citons à titre d’exemple :

Sous le régime du président Tombalbaye :, Jean Baptiste, Silas Sélingar, Daniel Béguy, André Mougnan, Hisseine Guiagoussou, Adji Kosséï, Mahamat Camara et les dizaines de cadres civils et militaires, hommes d’église, etc. liquidés dans la dernière phase, pendant la « Révolution culturelle » ; sans parler de la politique de la terre brûlée pour contrer l’insurrection du Frolinat

Le régime du CSM (Conseil Supérieur Militaire), qui avait renversé Tombalbaye, et son avatar le Gouvernement d’Union, formé avec le CCFAN, plongea le pays dans l’effroyable guerre civile de 1979, avec un nombre indéterminé de victimes civiles (sans doute plusieurs dizaines de milliers).

Le GUNT (Gouvernement d’Union Nationale de Transition) ne fut pas en reste. Le partage du territoire entre les tendances politico-militaires et l’encombrante présence militaire libyenne, instaurèrent l’anarchie et la « justice » sommaire des petits seigneurs de guerre, avec leur lot d’exactions sanglantes contre les populations et de morts non élucidées : Le Cheikh Adam Barka, Brahim Youssouf, Lieutenant Mahmoud Haggar. Sans compter l’absurde carnage de la guerre dite des « neuf mois », entre les frères ennemis du Frolinat, qui engloutît la fine fleur de ce mouvement, et transforma N’Djamena en un champ de ruines et de charniers à ciel ouvert.

Le régime de Habré devait battre tous les records en matière de mépris de la vie humaine, en banalisant les arrestations extrajudiciaires, les conditions carcérales atroces, la torture, les exécutions massives de prisonniers de guerre, et les punitions collectives. Et on ne compte pas le nombre de cadres ou simples civils, pris dans les zones de combats, ou arrêtés par la police politique (DDS) et qui ont disparu sans explication : Dr Noukouri Goukouni, Galmaye Youssoubo, Lawane Hassane Filédjé, les journaliste Ramadan Matha Ben Matha, Saleh Gaba et Akhali Mahamat Makka, les commandants Galiam et Derring, Ahmed Lamine, Ahmed Dadji, etc. Les souvenirs de Septembre Noir (1984), de la répression massive au Guéra (1987) et en pays Zaghawa (1989/90), font encore frémir aujourd’hui.

Le régime actuel du MPS (Mouvement Patriotique du salut), qui a recyclé la quasi-totalité des tortionnaires de son prédécesseur -à commencer par le général Déby Itno lui-même, qui fut au sommet des appareils militaires et sécuritaires- est encore moins excusable. En effet, il avait bénéficié à son arrivée, de toutes les conditions internes et externes pour instaurer une réconciliation définitive et jeter les bases d’un Etat de droit. Malheureusement, ne tirant aucune leçons des douloureuses expériences passées, il cumula à lui seul, les tares de chaque régime précédent, dans tous les domaines de la gestion. Pour ces qui est des liquidations extra-légales, les cas du commandant Demtita Ngarbaroum, Me Joseph Behidi, Mamadou Bisso, le colonel Abbas Koty, Bichara Digui, Youssouf Togoïmi, Ibni Oumar Mahamat Saleh, etc. sont les plus médiatisés, mais, là aussi, c’est par milliers que se comptent les victimes, en particulier lors de la rafle de Maïduguri (1992), ainsi que lors des massacres punitifs visant des communautés nationales particulières (Hadjeraï, Ouaddaïens, Tama, etc.)

Il faudra un jour dissiper toutes ces zones d’ombres entourant les assassinats politiques, les campagnes de répressions indiscriminées, les disparitions et les morts mystérieuses, et clarifier cette frontière très brouillée entre les décès naturels ou accidentels et les crimes planifiés ; mettre en lumière les détails exacts des circonstances de ces morts, et quand c’est possible, déterminer les lieux d’ensevelissement. Cela permettra à la mémoire collective tchadienne de retrouver son équilibre, et surtout, aux familles concernées de faire leur travail de deuil, et à nous autres responsables et acteurs de procéder à une autocritique sincère, et de nous soumettre humblement au jugement du peuple et de l’Histoire, à l’exemple de l’admirable expérience sud-africaine (« Vérité et Réconciliation »).

Concernant tous ces martyrs de la cause nationale tchadienne, pour l’histoire et l’honneur de notre pays, il nous paraît important de ne pas « ajouter le crime de l’oubli au crime de l’assassinat ».

Quant à ce personnage d’exception qu’était Outel Bono, il importe de perpétuer sa mémoire, afin d’éclairer les générations montante, qui ont tant besoin de contre-exemples plus positifs que ceux qui leur sont offerts. Cela passe par des gestes symboliques à la mesure de sa stature. Il existe un pavillon dénommé Outel Bono, au sein de l’hôpital central de N’Djamena. Cela montre au moins que certains que sein de l’administration tchadienne se souviennent encore de lui, mais cela n’est pas suffisant. En France, il faut saluer l’initiative de l’association Survie qui, en 2003, avait  commémoré le 30ème anniversaire de l’assassinat d’Outel Bono, et cosigné avec la veuve Nadine Dauch-Bono, à travers son président feu Verschave, une demande au maire de Paris, pour l’inauguration d’une plaque en hommage à ce grand homme.

Mais le plus important c’est de donner vie et perpétuer son combat et surtout, sa précieuse philosophie conjuguant révolution, pacifisme et humanisme, éminemment utiles pour éclairer le présent et l’avenir de la longue marche de notre peuple vers la construction d’une nation occupant pleinement sa place sur la scène africaine et mondiale

DEUX MESSAGES POUR L’AVENIR

Lucidité

Pour un intellectuel africain de ces années-là, l’émergence des Etats nationaux faisant leurs premiers pas, présentait deux options politiques possibles : soit l’intégration plus ou moins assumée au pouvoir en place, soit le radicalisme révolutionnaire inspiré du marxisme. Cette seconde option sacralisait le soulèvement populaire violent théorisé par Mao Ze Dong, Ho chi Minh, Che Guevara etc. Pour ces théories révolutionnaires, le pluralisme politique, les libertés individuelles, l’Etat de droit, n’étaient que des notions fades, relevant de ce que nous appelions dédaigneusement « la démocratie formelle, la démocratie bourgeoise ».

Revenons à Michel N’Gangbet : « Nous, étudiants africains, condamnons avec véhémence et sans réserve cette indépendance nominale et sans contenu réel. Pour nous, l’indépendance doit se conquérir les armes à la main, à l’instar de l’exemple offert par le Viêt-Nam et l’Algérie. »

Au Tchad, cette voie était celle choisie par le Frolinat. Quand nous étions étudiants dans les années 70, le Frolinat constituait le point focal de notre engagement. L’attitude de Bono était différente et remarquable puisque, courageusement engagé dans la voie révolutionnaire et nourri d’écrits marxistes, il n’avait pas succombé aux mirages de la « lutte armée rédemptrice » ni chanté les vertus des systèmes politiques nationalistes-progressistes singeant les  modèles chinois et soviétiques. Le caractère incontournable de la démocratie pluraliste libérale et des libertés individuelles, comme principes essentiels de l’action politique émancipatrice, la puissance du mouvement citoyen pacifique, paraissent aujourd’hui évidents. Mais dans la période d’avant les années 90, un intellectuel qui défendait de tels principes risquait d’être incompris, sinon tourné en dérision et taxé de « réformiste bourgeois » ou carrément de « pro-impérialiste ».

Je me souviens qu’à l’époque, en dépit de l’admiration que nous portions au docteur Bono, nous nous disions : « Pourquoi ne regagne-t-il pas la lutte armée du Frolinat, pourquoi n’appelle-t-il pas à une révolution socialiste au lieu de parler des droits de l’homme et d’assainissement de la gestion étatique, en risquant inutilement sa vie dans une lutte pacifique sans issue ? » Cette lucidité et cette indépendance de pensée nous paraissaient incongrues.

Il a fallu les décennies de déchirements, de destructions matérielles et humaines, les bilans catastrophiques des régimes dits « progressistes et réellement indépendants », pour que certains commencent à comprendre les limites du schéma révolutionnaire classique.

Largesse d’esprit

Dans un Tchad où la première question qui saute à l’esprit quand on mentionne un personnage connu, est : « De quelle ethnie, de quelle région est-il issu ? », Bono avait réussi ce miracle de faire oublier ses origines. Son charisme, la hauteur de son propos, l’exemplarité de son comportement professionnel et social étaient tels qu’il ne venait à personne l’idée de se poser la question de son appartenance ethnique, régionale ou confessionnelle.

Personnellement, ce n’est qu’au moment de sa mort que j’ai su qu’il était le parent de l’un de mes camarades dans le mouvement estudiantin en France auquel j’appartenais. Je compris alors qu’il était d’origine Tounia, une tribu de la vallée du Chari affiliée aux Niellim, Boua et aux Goula du Guéra.

Alors qu’aujourd’hui encore, les composantes « légalistes » et « politico-militaires » de l’opposition tchadienne manifestent une grande frilosité quant à la nécessaire complémentarité de leurs combats, nous nous souvenons d’Outel Bono qui, tout en restant hostile à la lutte armée et très critique à l’égard des méthodes des dirigeants du Frolinat, affirmait néanmoins sa disponibilité à former un front commun avec ce mouvement pour une lutte solidaire contre la dictature.
Comme l’illustre ce passage du manifeste du MDRT, le parti qu’il s’apprêtait à lancer juste avant son assassinat :
« …Le Frolinat s’est défini comme une alternative de dernière chance, le seul moyen d’en finir avec un Gouvernement qui n’hésite pas à massacrer des populations entières pour l’intérêt d’une minorité de profiteurs. Nous saluons le courage historique de nos compatriotes…Mais ceci dit, nous devons affirmer notre désaccord avec la pratique politique du Frolinat…Il reste néanmoins que les possibilités existent, où certaines conditions politiques réalisées, tous les patriotes tchadiens, fermement opposés au régime concentrationnaire de Fort-Lamy, se retrouvent au coude à coude, dans le même combat, pour un même objectif de souveraineté nationale, de démocratie économique et politique, pour un même idéal de fraternité tchadienne ».

J’ai limité mon exposé aux deux aspects de la philosophie de Bono : sa lucidité et sa largesse d’esprit, tout en sachant que son message déborde largement sur d’autres thématiques telles que la construction nationale, la réforme de l’administration territoriale, la transition, etc. qui je l’espère, feront l’objet d’autres études approfondies par les générations montantes de militants de la cause démocratique et populaire tchadienne.

En conclusion de ce modeste rappel, méditons sur cet autre extrait du manifeste du MDRT, dont la pertinence reste toujours d’actualité : « Aucune chance de salut en dehors d’un engagement franc, net et précis de l’élite actuellement silencieuse et de l’organisation des forces populaires. Chacun doit se sentir concerné. Nul n’a le droit de se croiser les bras et d’attendre que, par miracle, la situation vienne à changer. » (Par  Acheikh IBN-OUMAR. Première publication : 27 aout 12013, sur : https://yedina.net/ )Bono7

Bibliographie :

Les deux principales sources  sur la vie du Docteur Bono, sont :

L’artticle de Saleh Kebzabo dans l’hebdomadaire Jeune Afrique, N°662 du 15 sept 1973, intitulé : « Le Dr Bono ne gênera plus »et

Le livre de feu François-Xavier Verschave : »«  La Françafrique : le plus long scandale de la République », Editions, Stock, pages 155-172. Les éléments sont repris sur Internet dans http://french-colonies-atrocities-in-black-africa.skynetblogs.be/ http://french-colonies-atrocities-in-black-africa.skynetblogs.be/
Voir aussi l’article de Wikipédia ; lien :http://fr.wikipedia.org/wiki/Outel_Bono

Pour les détails juridiques voir l’article de l’avocat de la famille Bono, maître Pierre Kaldor, dans la revue de l’AFASPA -Association Française d’Amitié et de Solidarité avec les Peuples d’Afrique-. Lien: http://www.collectif-communiste-polex.org/afrique/tchad_colonie_f.htm )

Pour l’épisode de la répression de 1969, voir le livre de Michel N’Gangbet Kosnaye : « Tribulations d’un jeune tchadien », (Editions L’Harmattan, Janv . 93, pages 159-176 )

28 réponses à “Tchad : 40ème anniversaire assassinat Outel Bono, ou du malheur d’avoir raison trop tôt (publié août 2013)

  1. Bonjour, pourriez-vous changer la police des caractères de l’article pour permettre de lire facilement? Merci d’avance!

    • Merci pour la remarque. Je vais changer la police. Avez vous essayé la version en PDF qui doit être plus lisible ? Cliquer sur ce lien après le titre qui mène vers le texte en format PDF

  2. Bravo cher Acheikh pour cet article vibrant, objectif et exhaustif: une pépite dans les efforts que nous menons tous pour la réécriture de notre histoire parfois oubliée ou déformée à dessein. Merci infiniment!
    Koulsy

  3. Merci beaucoup, personne ne nous a parlé de cet grand homme politique qui avait de très grandes ambitions pour ce pays, vraiment c’est une chance de lire cet écrit et de pouvoir comprendre ce qui s’est passé à l’époque.

  4. Merci Mr de m’avoir permis d’apprendre un peu plus sur la vie de Bono, sa philosophie et les circonstances de sa mort. Je l’ai apprécié sans toutefois le connaître simplement parce qu’il était médecin à l’époque où de tels cadres manquaient bougrement au Tchad.
    Permettez que je sache une chose! Dans l’exposé de sa philosophie, j’ai dû comprendre qu’il est pacifique et non-violent et vous un de ses admirateurs. Quand j’ai lu la page de Wikipédia, j’ai dû réaliser que vous êtes passé par le maquis. Comment expliquez-vous cet antagonisme?

    • Merci pour votre intérêt. Outel Bono, comme tous les grands visionnaires étaient incompris par ses contemporains. la génération post-indépendance des intellectuels africains , gavée de Tiers-mondisme marxisant, vouait un culte quasi mystique à la lutte armée. Et personnellement, je n’y ai pas échappé. Bono, à l’exemple de Mandela ou Sankara, était très en avance sur son temps; et il l’est encore aujourd’hui. c’est pourquoi, dans mon article, on trouve ces affirmations « …du malheur d’avoir raison trop tôt »… »Il faudra sans doute encore quelques années, pour que se manifeste pleinement la portée historique et transgénérationnelle du message visionnaire et l’exemplarité du combat pacifique mené par le docteur Outel Bono. C’est-à-dire, quand se seront apaisées les confrontations d’ordre ethnique, régional, religieux, ou générées par des ambitions démesurées « 

      • Merci Monsieur de la réponse à ma question. J’ai fait une lecture en diagonale de votre article car occupé entre les tâches professionnelles et votre article. Je suis un jeune qui veut comprendre et saisir le passif que les aînés nous ont légué. Pourriez-vous nous publier le manifeste du parti de Bono qu’il s’apprêtait à faire fonctionner? Avec le recul, avez-vous des regrets quant à vos choix politiques jusque-là?

  5. Monsieur Ibnoumar, je vous dit merci infiniment pour ce témoignage. Puisque même si j’ai entendu le nom « Outel Bono », avant la lecture de cet article, je ne le connaissais pas à ce point, surtout sur son engagement et sa vision politique. En vous lisant, j’ai eu honte d’ignorer une page aussi importante de l’histoire politique de mon pays. Mr Ibnoumar, entant que témoin de l’histoire politique post-indépendance de notre pays, je vous assure que les jeunes générations ont beaucoup à apprendre de vous. il y a aussi d’autres personnalités des années 60/70 que vous avez évoqué plus haut dans cet article, mais beaucoup les ignorent aussi. Par exemple « Adji Kossei », à chaque fois que je passais à coté de la base française « Sergent chef Adji Kossei » je me suis demandé qui est ce monsieur? Qu’est ce qu’il a fait pour le Tchad pour donner son nom à la base française au Tchad? Mais je suis toujours resté à ma faim. Alors, je profite de cette occasion, pour vous demander de nous faire connaitre, à travers votre blog, d’autres personnalités de cette époque qui ne sont plus de ce monde aujourd’hui et qui ont marqué par leurs empreintes l’histoire du Tchad à l’instar d’Outel Bono. Même s’il est évident que jusqu’aujourd’hui le Tchad n’a pas connu beaucoup d’hommes de son calibre.
    Je vous dis une fois de plus merci.

  6. Merci beaucoup pour ce article si édifiant. Pour moi c’est un brin de l’histoire tchadienne qui était sur le piont d’être oblié par les plus jeunes comme moi qui n’avons que vingt quelques années de vie.

  7. J’avoue, combien sommes-nous, jeunes tchadiens, à connaitre ce grand homme? Merci M. Ibni Oumar, pour ce rappel historique.

  8. Pingback: TCHAD, ANNIVERSAIRE DU COUP D’ETAT DU 13 AVRIL 1975: LES ÉVÈNEMENTS, LES CAUSES, LES CONSÉQUENCES, LA LEÇON. | YEDINA : BLOG D'ACHEIKH IBN-OUMAR·

  9. mr ibni oumar je vous remerci pour tous ces eclercissement historique rendu comme aumage a ce legend tchadien une fois merci

  10. Sacré histoire avant je lisait seulement le nom du Dr outel bono mais je m’interroge qui cette personnes ci important qu’ont m’étais son nom au service de gastro enterologie de l’hôpital général de référence nationale du Tchad

  11. Je suis ému à tel point que J’ai envi de connaitre tous ceux qui ont connu ce personnage aussi important et me parler de lui amplement. Je regrette que mon pays ait perdu des personnes aussi importantes pour des interets egoistes et impardonnables.
    Je suis triste….et trop ému!!!

  12. Il faudrait surtout à nos jeunes compatriotes,qui sont appelés à diriger le pays dans les années à venir,compendre le jeu de la France,qui utilise la main d’un autre africain,pour tuer son frére:le cas de Lumumba,Sankara et bien d’autres….!!Qu’ils doivent aussi comprendre que la France divise pour bien régner et ses interets passent avant notre bien être,nous les africains!!!A bon entendeur salut!!

  13. Intéressant et très instructif. Et dire que j n’avait jamais entendu parlé de ce grand homme auparvant, et pourtant mes 28 ans je les ai tous passé ici au Tchad. Merci cher Ibnoumar

  14. Merci beaucoup. Franchement je suis pris au coup de n’avoir pas su apprendre cette histoire et ces informations qui pourrai m’être bénéfique bien avant. j’ai bien attendu parlé du De Bono, ces assassins bien sûr et surtout la mise en cause de tombalbaye et Léon Hardi sur sa disparition.Mais comment? et pourquoi? franchement je l’ai appris sur cette page.Acheikh ibn Oumar cette crème intellectuelle, a sa place au Tchad, sur les bibliothèques du Tchad entrain d’animer des débats, sur des salles de conférences entrain d’apprendre des leçons du passé aux jeunes que nous sommes, sur un grand arbre a palabre entrain de prodigué des conseils sages a nous, ses enfants.malheureusement, pas a Orléans, ou d’autres villes et pays dans une exile qui ne profite pas totalement a nous qui sommes assoiffés des connaissances et d’apprendre de sa part.

  15. je ne saurais mieux dire que merci pour l’éditeur de nous insérer dans l’histoire touchante de notre pays qui est pour nous jeunes un cadeau incommensurable. Que Dieu vous prête long vie pour que vous puissiez d’avantage nous instruire afin que nous puissions connaitre qui étions nous et qui sommes nous actuellement.

  16. Bonjour Docteur, comme beaucoup de ma génération, Dr Bono était pour moi un nom de peu d’attention. Merci toute cette illustration, la jeunesse tchadienne vous doit énormément pour ce partage des pages méconnues de son histoire.

  17. Je suis ravi de cette histoire que je viens de decourir alors qu’il n’existe pas dans le systeme educatif Tchadien. Mr Ibni Oumar je vous feliciter pour cet eclairage approfondie et vous encourager d’ecrire d’autres sur les personnages des annees 1960 qui ont marques l’histoire de notre pays.

  18. Pingback: Tchad : 40 ans après la disparition du premier président Tombalbaye – Afrik.com | YEDINA : BLOG D'ACHEIKH IBN-OUMAR·

  19. Bonjour je suis très content de connaitre en profondeur l’histoire car étant fils d’un de ces pionniers et n’étant pas né a l’époque, j’éprouve une joie et en meme temps l’emotion en lisant ces phrases.

    Merci!

    • Bonjour. Merci pour ce commentaire. Je ne suis pas épargné par l’émotion non plus , car je devine à travers votre nom que vous êtes le fils du défunt Docteur Jacques Baroum Bab Djeggleu (paix à son âme), que j’avais très bien connu. Je vous souhaite le meilleur de la vie. Acheikh Ibn-Oumar

  20. Pingback: Acheikh IBN-OUMAR – Intervention au 25è anniversaire UNDR | YEDINA : BLOG D'ACHEIKH IBN-OUMAR·

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